Publié par : Dominique Dupont | 26 février 2010

Le clash de la Cité Verte de Québec: un quartier vert?

Voici l’ébauche d’un projet que mon équipe fait dans le cadre d’un séminaire sur le patrimoine en lien avec l’Institut du Patrimoine Culturel (IPAC)

Type de projet
La cité verte se présente comme une implantation résidentielle de type multifamiliale. Ce projet se veut poursuivit par le Groupe SSQ. Ce micro quartier dans le secteur St-Sacrement dans la Ville de Québec sera situé du côté nord du Chemin Ste-Foy, en bordure du coteau Ste-Geneviève, à l’est de l’Hôpital Jeffrey-Hale et à l’ouest de la rue Monk. Situé sur l’ancien site des Sœurs du Bon Pasteur et de leurs dépendances, le projet intègrera les situations des anciens bâtiments et la construction de nouveaux. Le projet prendra la forme de logements locatifs sociaux ou non, de condominiums et de maisons de ville. La Cité Verte sera menée par un promoteur privé, le Groupe SSQ, qui assurera la construction des nouveaux édifices et la réfaction des anciens. Le projet devrait regrouper plus de 700 sections habitables pour un coût estimé de 300 million $ canadiens.
Un programme bien organisé
La Cité Verte représente un développement unique dans la province de Québec et même dans l’est du Canada. Ce sera le premier quartier écologique à l’est des Rocheuses. La SSQ mise sur l’écologie et les normes environnementales courantes pour former un quartier unique qui rassemblera des adeptes du développement durable. Le promoteur compte sur les investissements du privé et des paliers de gouvernement provincial et fédéral. La ville de Québec n’investira aucun fond dans le projet. Par contre, des institutions, telles qu’Hydro Québec, ont déjà démontré leur intérêt et ont déjà versé des montants (en millions de dollars) dans le projet. Le financement majeur pour le projet d’aménagement et d’urbanisme (donc qui n’inclus pas la construction d’immeubles) proviendra du Programme d’infrastructures Québec-municipalité (PIQM) du Gouvernement du Québec (La Cité Verte). Le Groupe SSQ mise beaucoup sur l’unicité du concept de la Cité Verte pour attirer les investisseurs. Le complexe immobilier devrait attirer une population de 50 ans et plus et des retraités. Cependant, les résidents devront être plutôt bien nantis puisque les condominiums coûteront environ 350 000$. La SSQ a néanmoins voulu équilibrer le projet en intégrant des logements locatifs, des logements abordables et des maisons de villes plus accessibles pour les familles. Au total, cinq bâtiments seront des unités de condominiums, huit seront des unités de logements locatifs, un seul sera un logement abordable et deux complexes accueilleront des maisons de ville. Le tout conservera trois bâtiments qui furent propriétés des Sœurs du Bon Pasteur, le reste ayant été démoli.
L’insertion dans le milieu urbain existant
Situé sur l’ancien site des Sœurs du Bon Pasteur, au haut du coteau Ste-Geneviève étant un ensemble conventuel regroupant plusieurs bâtiments historiques: le couvent en tant que tel qui se présente comme un grand bâtiment en forme de « U » incluant un noyau central constitué par la Résidence Monseigneur Lemay. Cette partie contient aussi la Maison grise, aujourd’hui détruite par les promoteurs. Sur le terrain de la congrégation, d’autres bâtiments prennent place et représente leur histoire. Il y a une grande, montrant la vocation agricole ancienne de ce secteur et la Maison Raymond-Casgrain, ancienne résidence. Le terrain, quant à lui, fait environ 93 000m2, et représente un secteur boisé, bien entretenu ouvert au public. De fait, la population locale fréquente ce lieu qui est devenu symbole du quartier. Le projet de la Cité Verte s’implantera alors sur ce secteur à haute valeur symbolique. Dans un contexte plus large, à l’échelle de la ville, le domaine des Sœurs du Bon Pasteur fait partie d’un réseau de couvent et domaines religieux parsemé à travers la ville (figure 1).

Figure 1: Les propriétés conventuelles de la ville de Québec
Leur abondance ne permet cependant pas d’amoindrir les effets que la reconversion peut avoir. La Cité Verte inclura certains anciens bâtiments, donc la Résidence Mgr Lemay et la Maison Raymond-Casgrain. L’insertion au paysage se voudra un jeu architectural entre gradation des hauteurs, harmonisation des textures et de l’allure extérieure. De plus, la majorité des stationnements seront souterrains pour maximiser l’espace vert et favoriser l’accessibilité extérieure de la population aux espaces naturels environnants. Bien entendu, la superficie verte sera en partie recouverte de bâtiments et édifices pouvant accueillir les habitants et les commerces. La propriété conventuelle changera alors d’allure pour devenir un complexe résidentiel dense. Tout en voulant densifier la population en consolidant le tissus bâti, le projet s’inscrit dans les visée de la ville de promouvoir le logement et attirer la population. De plus, étant donné que La Cité Verte sera unique au Québec, elle pourra alors lancer le bal des grands projets écologiques. En effet, trois autres quartiers seront lancés dans les prochaines années sous le même étendard : la Pointe-aux-Lièvres et d’Estimauville. Plusieurs plans de développement ont été élaborés depuis le lancement du projet, ceux-ci évoluant continuellement à la suite de consultations publiques et de concertations des choix. Le tout dernier se présente comme sur la figure 2.

Figure 2: Plan actuelle du projet de Cité Verte
Un éco-concept
Le projet unique de la Cité Verte s’inscrit, comme mentionné plus haut, dans une lignée de développement durable. Premièrement, la conservation de certains édifices pour les réhabiliter peut faire penser au recyclage pratiqué quotidiennement. Cependant, les buts, clairement explicités par le promoteur, ne font en aucun cas effet de la conservation. Ils sont plus du type nouvelles pratiques en architecture et urbanisme durables. Premièrement, le projet se veut « un milieu de vie éco-responsable » (La Cité Verte) dans lequel des paramètres éco-énergétiques et de meilleurs gestions des polluants sont exploités. Un système de traitement et de réutilisation des eaux, une efficacité énergétique permettant un éclairage contrôlé, la limitation des îlots de chaleurs et un système de chauffage, une gestion des matières résiduelles, des transports viables et un réseau de transport en commun rattaché à la ville ne sont que quelques exemples du projet. L’architecture sera pensée en fonction des normes Novoclimat, de plus en plus populaire au Québec (idem). Selon le Groupe SSQ, tous ces paramètres favoriseront une meilleure vie communautaire et un accès plus facile à plusieurs services de communauté. Le programme ne prend pas en considération l’aménagement actuel du site, contenant les espaces naturels et les bâtiments existant, mais mise sur l’avenir des vocations et usages qui prendront forme en ces lieux.
Une question patrimoniale détournée
Plusieurs questions sont soulevées face à ce projet plutôt ambitieux.
La place du paysage local : identification des habitants du quartier à la place du paysage naturel et anthropique de la congrégation des Sœurs du Bon Pasteur, appropriation du lieu et fort attachement à la place que tien le terrain dans le quartier St-Sacrement. La construction d’édifices très hauts (on parle même d’une tour de 24 étages) irait complètement à l’encontre de la conservation des perspectives visuelles de paysage.
La place du patrimoine : oubliée par les promoteurs? Son utilité pour eux est-elle nulle? Il y a bien entendu de la conservation de façades et de bâtiments qui est faite, mais au final, est-ce pour conserver ou mettre en valeur le patrimoine ou l’ont-ils fait pour apaiser la grogne des concertations publiques. Le curetage des édifices toujours en place se solde par la construction de logements et d’ensembles locatifs. Dans les planches et croquis du projet, à très peu d’endroit on retrouve des vues des bâtiments des Sœurs du Bon Pasteur, ni de la conservation de la Maison Raymond-Casgrain. La grande qui portait l’histoire agricole du lieu ne tient même plus lieu sur le site, elle a été « déménagée » sur le site de Cité Joie (au Lac-Beauport) pour devenir un centre d’interprétation de la nature (La Cité Verte). Mais où se trouvent le patrimoine et l’héritage dans ce déménagement, « l’esprit du lieu » n’existe plus malheureusement.
Le rôle joué par l’environnement est-il contradictoire avec la perte du grand parc public qu’était le terrain du terrain conventuel. Comment sera aménager le Coteau Ste-Geneviève qui se veut un lien entre le quartier St-Sacrement et l’est de l’arrondissement de la Cité? Le patrimoine naturel ne semble pas s’intégrer au projet de la SSQ, qui mise beaucoup plus sur le développement urbain.
De plus beaucoup de questions de posent quant à la viabilité du projet
Le Groupe SSQ fait effet que la collecte des eaux usées servirait à laver les voitures et les stationnements… Le fait que les condominiums couteront plus de 350 000$, quelle est la viabilité du projet au grand public qui détient aussi des valeurs environnementales. Quand on parle de développement durable, il faut aussi inclure le développement économique, et malheureusement, avec l’ampleur de ce projet, les enjeux seront grands pour pallier aux divergences que la Cité Verte engendra.
Développement durable vs. Patrimoine, qui détient le contrôle sur qui? Est-ce que les promoteurs ont voulu caché la perte du patrimoine en « vendant » leur concept écologique comme roi et maitre du projet?

Merci à Marie-Pier Gingras, ma co-équipière sur le projet.

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